Harry remonta dans sa chambre. Il était 14h50. Suivant l'horaire qu'il lui avait écrit, les Weasleys seraient là à 15 heures. Il jeta un dernier coup d'½il autour de sa chambre pour voir s'il n'avait rien oublié puis il redescendit au salon en traînant sa lourde valise et la cage d'Hedwige qu'il déposa dans le hall. Il était étrangement excité. Depuis de longs mois, il allait se passer enfin quelque chose d'heureux dans sa vie. Les Dursley étaient dans le salon et depuis quelques minutes ils avaient fait silence trop occupé à songer à la visite des Weasleys qui n'allaient plus tarder : Leur dernière visite n'avait que trop laissé de trace dans leur mémoire.
Lorsque Harry pénétra dans le salon, l'oncle Vernon se tourna vers lui. Harry s'attendit avec impuissance à un interrogatoire forcé sur les Wesaleys et leur mode de vie. Après l'avoir fixé de son minuscule regard porcin, son oncle lui demanda d'une voix où perçait le dédain comme chaque fois qu'il évoquait les Weasleys.
- Comment vont-ils arriver cette fois déjà ?
Harry perçut un certain appui sur les mots de ils et cette fois. Il n'y fit pas attention et répondit d'une voix neutre.
- En voiture. Je vous l'ai déjà dit il y a trois jours. Ils arrivent en voiture.
- Oh mon garçon, ne réponds pas de cette façon veux-tu, répliqua l'oncle Vernon en plissant ses yeux qui le fit ressembler à un chinois. Et quelle est cette voiture ?
Harry soupira. Il pensa à leurs têtes en imaginant les Weasleys arriver en Mercedes ou en BMW et étouffa un rire silencieux. Sûr qu'ils n'éprouveraient pas une quelconque sympathie pour eux mais plutôt une immense jalousie.
- Je ne sais pas quelle est leur marque de voiture si c'est ce que tu veux dire.
Sa réponse ne sembla pas le moins du monde rassurer son oncle qui plissa encore plus ses yeux, une pointe évidente de soupçon dans son regard.
- Ce doit être une vieille voiture qui rouille de partout en effectuant un de ces tintamarres en roulant. J'en ai vu une la dernière fois en ville, on devrait mettre toutes ces vieilles bagnoles à la casse et pénaliser leurs propriétaires. Après tout c'est entièrement leur faute si la planète est dans cet état... Toute cette pollution, cet effet de serre, c'est de leur faute...
Harry ne répondit rien à cette provocation. Pétunia non plus si ce n'est un bref mouvement de tête affirmatif à son mari. Etant donné qu'il n'obtenait pas de réactions plus virulentes l'oncle Vernon n'ajouta rien d'autre, ce qui permit à Harry de réfléchir.
Il n'avait pas réellement pensé au moyen qu'allait utiliser les Weasley pour venir le chercher. Allaient-ils venir le chercher en taxi ou le ministère allait-il leur prêter une voiture officielle comme à sa troisième année ? Non, il pouvait d'ores et déjà éliminer la voiture du ministère. Celui-ci ne leur en prêterait certainement pas cette fois étant donné les circonstances. Il réfléchissait à cette question lorsqu'un coup de sonnette retentit. Les Dursleys sautèrent sur leurs pieds et se regardèrent. L'oncle Vernon se dirigea vers la fenêtre et jeta un coup d'½il dans le rue. Il se retourna vers les deux Dursleys et Harry en disant :
- C'est le facteur.
Il sortit de la salle et alla ouvrir. Tandis qu'il discutait avec le facteur qui leur avait apporté un colis et quelques lettres, Harry s'approcha de la fenêtre pour surveiller l'arrivée des Weasleys. Il était 15 heures 10 à présent. Peut-être avaient-ils été retardés dans les embouteillages ou avaient-ils eu un empêchement de dernière minute ?
L'oncle Vernon revint dans la salle où Pétunia et Dudley se tordaient les coudes d'impatience et Harry se détourna de la fenêtre d'où il ne voyait aucune voiture à l'horizon.
- Alors ? demanda Pétunia. Que voulait-il ?
- Lettre des impôts et un colis de Marge, répliqua Vernon.
Il posa la lettre des impôts sur la table basse du salon en maugréant : "Ceux-là, ils ne nous oublient pas...", et il ouvrit le colis de Marge.
- Tiens, un cadeau pour toi fiston.
Dudley prit le paquet et pendant qu'il l'ouvrait, Vernon lut la lettre accompagnant le colis.
- Elle passe d'excellentes vacances à Tahiti... Elle dit aussi que son dudlinouchet lui manque. Et que la nourriture n'est pas aussi bonne qu'elle le croyait et ah, elle revient dans une semaine.
Harry jeta un coup d'½il sur son cousin qui avait terminé de déballer son cadeau. C'était une boîte qui contenait des chocolats des plus variés. Harry sourit silencieusement. Apparemment, la tante Marge trouvait qu'il ne mangeait pas assez de friandises ou alors elle voulait le mettre au même régime qu'elle.
C'est à ce moment que la porte sonna. Vernon se leva et alla vers la fenêtre.
- Ce sont eux, dit-il.
Harry se leva d'un coup en essayant de ne pas paraître trop impatient.
- Je ne vois pas de voiture, maugréa t-il encore.
Puis il s'éloigna de la fenêtre et traversa une fois de plus le salon pour se rendre dans le hall d'entrée. Harry le suivit.
Alors qu'il arrivait dans le couloir, l'oncle Vernon ouvrait déjà la porte et Mr Weasley accompagné de Ron et Fred et Georges derrière lui s'encadrait dans la porte.
Harry s'arrêta juste derrière son oncle.
- Bonjour Mr Dursley, suivant notre horaire nous voilà, dit Mr Weasley.
L'oncle Vernon maugréa quelque chose que Harry comprit comme : "ces personnes, même pas le sens de l'heure... dix minutes de retard".
Il ne daigna pas serrer la main que lui tendait Mr Weasley trouvant sans doute que ce serait s'abaisser à son rang et maugréa à la place un bonjour un peu contraint.
Mr Weasley vit alors Harry et entra dans la hall en prenant le silence de Vernon pour une invitation à entrer.
- Bonjour Harry, comment ça va ? demanda t-il en lui serrant la main, une barre d'anxiété lui traversant le front.
- Très bien Mr Weasley.
- Tu es sûr ?
- Oui.
- Au fait Harry, les perreuses éclectriques c'est bien une invention moldu n'est-ce pas ?
- les perreuses éclectriques ?
- Des machines pour faire des trous dans les planches.
- Oh, des perceuses électriques ! Oui, c'est bien moldu.
Mr Weasley sembla ravi de l'entendre et il alla vers l'entrée du salon.
- Salut, lui dit Ron. Ca va mon vieux ?
- Oui, quand je serai sorti de cette maison, dit-il en souriant.
- Tu veux toujours... ?
- Après, je te raconterai plus tard. Au fait, pourquoi ton père m'a demandé si les perceuses électriques étaient une invention moldu ?
- Depuis quelques temps, c'est sa nouvelle passion, intervint George derrière son épaule.
- Salut Harry, dit Fred.
- Salut, répondit Harry, votre boutique marche toujours aussi bien ?
- A fond, si tu savais.
- Je m'en doutais... Votre mère ne vous pose plus de questions à propos de... ajouta t-il aux jumeaux à vois basse.
- Tu penses, plus du tout depuis un certain temps... Etant donné que notre boutique marche du tonnerre elle ne nous demande plus quels ont été les fonds de la boutique... Tant mieux...
- ... Tant mieux, ajouta Harry en souriant.
Harry et les trois Weasleys se rendirent dans le salon à la suite de l'oncle Vernon. Celui-ci resta debout juste derrière le canapé tandis que La tante Pétunia et Dudley étaient assis dessus et semblaient dévisager Mr Weasley comme un extraterrestre venu de la planète Zörg.
- Alors... Comment êtes-vous venus jusqu'ici ? demanda L'oncle Vernon.
- En taxi. J'ai adoré la petite machine à l'avant de la voiture indiquant une série de chiffres qui défilent.
- C'est le compteur, souffla Fred à Harry, il n'a pas arrêté de demander comment ça marchait au chauffeur. Je crois que celui-ci était content quand nous sommes arrivés à destination.
Les Dursleys, au contraire, ne semblèrent pas comprendre ce que signifiait cette petite machine à l'avant de la voiture car ils continuèrent de regarder Mr Weasley comme si celui-ci parlait le chinois.
Mr Weasley sembla comprendre que les Dursleys n'étaient pas vraiment enclin à poursuivre la conversation.
- Bien, nous allons y aller Harry si tu es prêt.
- Bien sûr Mr Weasley. Je vais seulement chercher mes affaires et on pourra y aller.
Sur ces mots, Harry laissa les quatre Weasleys en compagnie des trois Dursleys et grimpa à l'étage chercher sa valise. En revenant dans le salon, la conversation n'était pas plus engagée et Mr Weasley avait choisi la voie d'explorer un peu le salon des Dursleys. Il était en train d'examiner, sous le regard insistant de la tante Pétunia, le fer à repasser qui trônait sur la table.
Mr Weasley remarqua enfin le retour d'Harry et il se dirigea vers les Dursleys pour les saluer.
- Et bien, nous partons.
Vernon se laissa serrer la main avec froideur et Pétunia pinça légèrement les lèvres lorsque Mr Weasley lui dit au revoir tandis que Dudley se reculait précipitamment pour échapper à Mr Weasley et surtout aux deux jumeaux qui le regardait ironiquement.
Le souvenir de la queue de cochon était encore trop présent dans son esprit même si cela remontait à trois ans.
Au moment de sortir dans le hall, Harry se figea.
Il avait soudain prit conscience qu'il était resté chez son oncle et sa tante, de mauvaise volonté certes mais quand même, des années durant et qu'il allait partir définitivement de chez eux, puisqu'aux prochaines vacances il aurait 17 ans et qu'il serait majeur. Il ne serait alors pas obligé de revenir ici, dans cette maison...
Il fit lentement demi-tour et fit face aux Dursleys.
Il avait si souvent espéré de ne plus remettre les pieds dans cette maison et maintenant qu'il partait pour de bon, il se sentait mal à l'aise... Comme Dumbledore l'avait dit, son oncle et sa tante l'avait accepté chez eux et lui avait donné sans le vouloir une protection que n'avait pu bafouer Voldemort.
Malgré leurs réticences envers le monde magique, son monde, il lui avait donné une maison, un toit.
Il l'ouvrit la bouche et dit aux trois Dursleys.
- Merci de m'avoir accueilli et permit de rester chez vous jusqu'à cette année.
Les Dursleys ne s'étaient certes pas attendus à recevoir des remerciements de leur neveu après toutes ces années et la manière dont ils l'avaient traité, comme s'il n'existait pas. Et pourtant, il les avait bien remercié. Ils étaient pétrifiés, sans pouvoir prononcer un seul mot. Finalement, la tante Pétunia lui répondit.
- Ce n'est rien. Après tout c'était ce que voulaient tes parents et c'est ce que voulait...
Elle plissa les yeux pour se souvenir de son nom.
- Le professeur Dumbledore. C'était ce qu'il voulait...
Harry acquièsça. Il devina qu'elle brûlait de lui dire autre chose, aussi attendit-il mais aucuns mots ne sortit de la bouche de sa tante. Tant pis. Il n'allait pas attendre éternellement. Il se souvint alors des lettres qu'il avait découvert dans la commode de la chambre et de l'expression de sa tante lorsqu'elle l'avait surprit. Il dit alors à sa tante :
- Je voulais te dire que j'étais désolé sinon pour ce que tu sais. Je te jure que je n'ai pas fais exprès de les découvrir, je ne voulais pas les trouver.
La tante Pétunia ne dit rien, pourtant après un temps de silence, Harry remarqua un petit hochement de tête de sa part. Elle avait comprit.
Par contre, les petits yeux de porcins de l'oncle Vernon se plissèrent alors qu'ils cherchaient à comprendre leur petit échange.
- Au revoir alors, dit Harry.
- Au revoir. Et fais attention... Bonne chance, répondit sa tante.
Harry resta silencieux. Les deux derniers mots de sa tante pour lui serait "bonne chance". Décidément, après toute ces années vécues sous le même toit qu'elle, il n'avait pas l'impression de vraiment la connaître.
- Merci.
Puis, Harry tourna les talons et sortit du salon.
Il rejoignit les Weasleys qui l'attendait dehors, sur le pas de la porte et tous ensemble, ils regagnèrent le taxi qui les attendit au bout de la rue, le chauffeur semblant désespéré de leur retour si rapide.
Harry soupira d'aise.
Il allait bientôt retrouver tous ses amis au Terrier.
Il jeta un dernier regard vers le 5 Privet Drive. Il savait que les Dursleys avaient le nez collé aux rideaux.
Il tourna définitivement le dos à la maison. Direction le Terrier, le mariage, Poudlard pour le testament de Dumbledore auquel il était convié et ensuite... Ensuite... La quête des horcruxes...